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Section de l'Aube

Né le 4 septembre 1924 en Syrie, dans le territoire français des Alaouites alors sous mandat français, Benjamin JOSSET rejoint l'Argentine avec ses parents.
Ils habitent la ville de San Miguel de Tucumán, au pied de la cordillère des Andes, là même où en 1816 les congressistes argentins ont proclamé l'indépendance des Provinces Unies de l'Amérique du Sud et l'éviction définitive de l'Espagne de ces régions.
Ce 14 juin 1940, Benjamin Josset a 16 ans. Comme tous les soirs après les cours au collège technique, il effectue un crochet par le journal local « La Gaceta » qui affiche sur ses panneaux les dernières nouvelles du front européen. «Les troupes allemandes sont entrées dans Paris.»
La petite foule est frappée de stupeur. Bercé dans la légende des personnages des poèmes épiques latino-américains et dans «l'idéal français», Benjamin est, lui, assommé, désespéré.
Le 4 juillet 1940, il apprend qu'un « Comité de Gaulle pour la Libération de la France » a été créé à Buenos Aires. Il entre en contact avec ce comité et signe son engagement le 28 août 1940.
En octobre, il rejoint Buenos Aires après avoir laissé un mot à ses parents : « Je pars pour libérer la France », il embarque clandestinement sur un navire britannique pour rallier les Forces françaises libres (FFL) en Angleterre. Les mers grouillent de sous-marins ennemis. Son périple le conduit vers les îles du Cap-Vert, les Bahamas, la Nouvelle-Ecosse, Terre-Neuve, les côtes islandaises.
A son arrivée en Angleterre, en décembre 1940 le lieutenant Ratard, qui commande la 2e compagnie de chars, recherche des hommes pour armer son unité.
Benjamin Josset se porte volontaire dans une langue bizarre mélangeant des mots de consonance espagnole et des mots de breton que le jeune volontaire, pensant apprendre le français, vient d'apprendre auprès de ses compagnons de chambrée tous bretons !
Il est affecté aux transmissions car il avait acquis lorsqu'il était en Argentine une formation de radiotélégraphiste morse.
Mais qu'importe le langage, avec son unité il rejoint l'Afrique puis intègre à sa création à Brazzaville la 2e Division Blindée du général Leclerc. Il est alors affecté comme radio-chargeur sur le « Friedland ». Avec ce char, il participe aux combats de Normandie et entre à Paris dans la soirée du 25 août 1944 après avoir subi une panne qui le retarde quelque peu au moment des combats pour libérer la capitale.
Ce Paris occupé, ce mythe brisé, qui l'a arraché à la pampa. Paris dans lequel il pénètre enfin aux commandes de son char, par la Porte d'Italie, vers minuit.
«C'était, dit-il, le bonheur du rêve accompli mêlé au désespoir d'avoir vu tant de camarades tombés durant la bataille de Normandie.
Oui, il y avait beaucoup de monde dans les rues.
Oui, les gens jetaient fleurs et baisers et le bourdon de Notre Dame annonçant à tous la libération résonne encore dans ma tête »
Le 30 août, il est désigné pour prendre les fonctions de chef du char « Auerstredt ». Avec son engin, il participera à tous les engagements de la 2e compagnie dans les Vosges et en Alsace, notamment aux combats de Grussenheim, les 27 et 28 janvier 1945, où elle sera particulièrement éprouvée.
À la mi-avril, Leclerc obtient du commandement américain la participation de sa division aux opérations en Allemagne
La 2e DB pénètre le 4 mai au soir dans Berchtesgaden. Le drapeau français est hissé sur la demeure favorite d'Hitler au Berghof. L'épopée de la 2e DB se termine dans ce lieu symbolique.
La division, regroupée non loin de Dachau, découvre l'horreur des camps de concentration " Rien n'approche cette abomination. Il faut que le monde sache et n'oublie jamais. " et participe à l'aide aux déportés.
Benjamin Josset sera démobilisé au cours de l'été 1945.
Lorsqu'il évoque cette épopée, il éprouve des sentiments mêlés de liesse et de tristesse. Victoires et morts de ses compagnons d'armes. Dachau où il va retrouver des «hommes suppliciés et mourants qui râlaient "on a gagné, on a gagné».
«La guerre c'est d'abord une odeur particulière: celle des chars et de la chair qui brûlent. On voudrait payer, expier l'honneur d'avoir survécu.»
Et puis bien entendu, l'inoubliable souvenir de la libération de Paris. Basé sur le parvis de l'Hôtel de Ville, Benjamin Josset passe une semaine à sillonner les points chauds de la capitale, il est présent lorsque De Gaulle descend les Champs-Élysées.
C'est là qu'il fait connaissance d'un homme en fauteuil roulant qui s'approche de son char.
Quatre mois plus tard, aux portes de Strasbourg, Benjamin reçoit une longue lettre de cet homme qui aimerait le revoir et l'invite à Paris.
Après la guerre, Benjamin se rend à son invitation, retrouve l'homme au fauteuil roulant et se fiance avec la fille de son hôte. Il repart alors en Argentine où il reste près d'un an avant de rejoindre définitivement la France et de l'épouser.
Monsieur Benjamin Josset a été nommé chevalier de la Légion d'Honneur par décret du 24 novembre 1984 il a été promu Officier de la Légion d'Honneur par décret du 11 juillet 1997.


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